Oiseau noir au bec jaune : comment savoir si c’est un merle, un chocard ou un étourneau

Il atterrit sur la pelouse, court trois mètres, s’arrête net, la tête penchée vers le sol. Plumage tout noir, bec jaune vif. Ou alors il tourne autour de votre sandwich au sommet d’un télésiège, avec des pattes rouges en prime. Les deux répondent à la même description, « oiseau noir au bec jaune ». Ce ne sont pourtant pas du tout les mêmes oiseaux.

En France, trois espèces couvrent la grande majorité des observations : le merle noir, le chocard à bec jaune et l’étourneau sansonnet. Le lieu où vous l’avez vu suffit souvent à trancher. Sinon, regardez ses pattes et sa façon de se déplacer.

L’article en bref

Au jardin, dans un parc ou en ville, un oiseau tout noir au bec jaune orangé est presque toujours un merle noir mâle. La femelle, elle, est brune.

En montagne, au-dessus de 1 500 à 1 600 m, altitude que le merle dépasse rarement, c’est un chocard à bec jaune : un cousin du corbeau, aux pattes rouges.

Plus petit, la queue courte, moucheté de blanc en hiver et marchant au lieu de sautiller : c’est un étourneau sansonnet, dont le bec ne jaunit qu’au printemps.

Le jaune du bec du merle vient des caroténoïdes de son alimentation. Il pâlit quand l’oiseau mobilise ses défenses immunitaires.

Le merle noir et l’étourneau figurent sur la liste des espèces chassables en France. Le chocard est une espèce protégée.

Oiseau noir au bec jaune en France : l’espèce dépend du lieu d’observation

Chaque espèce a son terrain, et ces terrains se recoupent peu. Le merle noir occupe les jardins, les parcs et les villes, mais il ne monte guère au-dessus de 1 500 à 1 600 m dans les Alpes et les Pyrénées, selon la fiche espèce de la LPO. Plus haut, le chocard prend le relais. Au bord de l’eau, d’autres familles entrent en jeu.

Où l’avez-vous vu ?Espèce probableBecPattesLe détail qui confirme
Jardin, parc, villeMerle noir (mâle)Jaune orangé toute l’annéeBrun foncéCercle jaune autour de l’œil, sautille, relève la queue
Pelouse, toit, fil électrique, en groupeÉtourneau sansonnetJaune au printemps, sombre en hiverRosâtresQueue courte, plumage moucheté en hiver, marche
Haute montagne, station de skiChocard à bec jauneJaune, court, légèrement courbéRouges (adulte)Bandes bruyantes autour des sommets et des refuges
Forêt de montagne (800 à 2 000 m)Merle à plastronJaunâtre à pointe sombreSombresCroissant blanc sur la poitrine
Mer, en hiverMacreuse noire (mâle)Noir, bosse et tache jaune orangéInvisibles sur l’eauCanard en groupe, au large
Étang, mare, rivièreGallinule poule-d’eauRouge à pointe jauneVert-jauneTrait blanc sur les flancs
La Réunion, MauriceMartin tristeJauneJaunesCorps brun, tête noire, peau jaune autour de l’œil

Dans un jardin de métropole, il reste donc deux suspects sérieux : le merle et l’étourneau. Ils se distinguent facilement, à condition de les regarder bouger.

Merle noir mâle : l’oiseau noir au bec jaune orangé des jardins et des villes

Le merle noir (Turdus merula) est l’oiseau noir au bec jaune le plus commun de France. Le mâle adulte est entièrement noir, avec un bec jaune orangé et un fin cercle de peau jaune autour de l’œil. Selon les individus, ce bec tire sur le jaune citron ou sur l’orange : un « oiseau noir au bec orange » vu au jardin est donc, lui aussi, presque toujours un merle. Il mesure 24 à 25 cm et pèse environ 85 g en été, 100 à 115 g en hiver.

Comment reconnaître un merle noir : cercle jaune autour de l’œil et queue relevée

Sur une pelouse, le merle avance par petits bonds ou par courtes courses, s’immobilise, penche la tête comme s’il écoutait, puis plonge le bec dans l’herbe et en ressort avec un ver de terre. En se posant, il relève brièvement sa longue queue. Le cercle jaune autour de l’œil confirme : aucun autre oiseau noir des jardins de métropole ne le porte.

Bon à savoir

Le merle s’entend souvent avant de se voir. Le mâle chante de février à juillet, surtout à l’aube et au crépuscule, perché sur une antenne ou un faîte de toit. Si un « oiseau siffleur noir au bec jaune » vous réveille en mars, c’est lui.

Merle femelle : un oiseau brun au bec jaunâtre

La femelle ne porte pas de noir. Son plumage est brun foncé, plus clair sur la gorge, avec une poitrine vaguement tachetée, et son bec va du brun sombre au jaune terne. Un oiseau marron au bec jaune qui fouille le gazon, c’est souvent elle. Ses taches la font parfois prendre pour une grive, dont le ventre crème est pourtant semé de points noirs bien plus nets.

Merle noir au bec noir : un jeune mâle en premier hiver

Un merle noir au bec noir n’appartient pas à une autre espèce. Les jeunes quittent le nid bruns, tachetés de roux, avec un bec sombre. À leur première mue, entre août et octobre, les mâles deviennent noirs, mais leur bec reste foncé et leurs ailes plus brunes que le corps. Il faut environ un an pour que le bec jaunisse franchement. Entre l’automne et le printemps, un merle tout noir au bec sombre est donc le plus souvent un mâle né dans l’année.

Pourquoi le merle a le bec jaune : un indicateur de son état de santé

Le merle ne fabrique pas le jaune de son bec. Cette couleur vient de caroténoïdes, les pigments des carottes et de bien des baies, qu’il ne peut obtenir qu’en mangeant. Or ces mêmes pigments servent à son système immunitaire. L’oiseau doit donc partager son stock entre sa parure et ses défenses.

Une équipe de l’université de Bourgogne et du CNRS l’a montré en déclenchant une réaction immunitaire chez des merles mâles : leur bec a pâli, les pigments étant détournés vers les défenses de l’organisme. Publié en 2003 dans la revue Science, le résultat a surpris les chercheurs par sa rapidité, puisque le changement était visible en trois semaines.

Une plume garde sa couleur jusqu’à la mue suivante. Le bec, lui, se renouvelle en continu et affiche l’état de forme du moment. Un mâle adulte au bec terne en pleine saison des amours n’est donc pas forcément jeune : il peut simplement être affaibli.

Le saviez-vous ?

En Italie, les trois derniers jours de janvier sont les « jours de la merle » (giorni della merla). La légende raconte qu’une merle, blanche à l’époque, se serait réfugiée dans une cheminée pour fuir le froid et en serait ressortie noire de suie, avec toute sa descendance. Les vrais merles blancs existent, mais ils sont rares : ce sont des oiseaux atteints de leucisme, une anomalie de pigmentation des plumes.

Chocard à bec jaune : l’oiseau noir au bec jaune de la montagne

Au-dessus de la limite du merle, l’oiseau noir au bec jaune est le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus). C’est un corvidé, de la famille des corbeaux : c’est donc lui, le « corbeau au bec jaune ». Avec 36 à 39 cm, il est bien plus grand que le merle, et il se pose sans crainte à un mètre des randonneurs, à l’affût des miettes de pique-nique.

Bec jaune et pattes rouges : le chocard des Alpes, des Pyrénées et de Corse

L’adulte a un plumage noir brillant, un bec jaune vif, court et légèrement courbé, et des pattes rouges. Le jeune est plus terne, avec des pattes sombres et un bec jaune à pointe foncée. En France, le chocard niche dans les Alpes, les Pyrénées et les montagnes corses. L’hiver, il descend vers les hautes vallées, les villages et les stations de ski (voir sa fiche sur l’Inventaire national du patrimoine naturel).

C’est aussi l’oiseau vivant le plus haut connu : Guinness World Records retient une observation à 8 235 m au Népal, où des chocards suivaient des alpinistes pour récupérer leurs restes de nourriture.

Chocard ou choucas : comment les différencier

Le bec règle la question : jaune chez le chocard, noir chez le choucas des tours. Le choucas a aussi la nuque grise, l’œil clair, presque blanc, et les pattes noires. Oiseau des clochers et des vieux bâtiments, il dépasse rarement 1 000 m. Au-dessus de 2 000 m, un oiseau noir a toutes les chances d’être un chocard.

Crave à bec rouge : l’oiseau noir au bec orangé des falaises bretonnes

Le crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax) a le plumage noir et les pattes rouges du chocard, mais un bec rouge, plus long et nettement arqué, qui peut paraître orangé de loin. Un oiseau noir au bec orange sur les falaises d’Ouessant est donc probablement un crave. Rare, avec moins de 2 000 couples en France, il vit sur les côtes bretonnes, dans les Pyrénées, les Alpes, en Provence et dans le sud du Massif central.

Merle à plastron : le merle de montagne au croissant blanc

Entre 800 et 2 000 m, dans les forêts de résineux entrecoupées de clairières, vit le merle à plastron (Turdus torquatus). Il a la silhouette du merle noir, un bec jaunâtre à pointe sombre, et surtout un large croissant blanc sur la poitrine, brunâtre chez la femelle.

Étourneau sansonnet : le petit oiseau noir moucheté au bec jaune

L’étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) est l’autre oiseau noir au bec jaune des jardins et des villes. Plus petit et plus trapu que le merle, il a une queue courte qui lui donne en vol une silhouette de triangle. De près, son plumage est irisé de reflets verts et violets. Et il vit en groupe, là où le merle reste seul sur son territoire : une dizaine d’oiseaux noirs qui fouillent ensemble la même pelouse, ce sont presque toujours des étourneaux.

Étourneau au bec jaune ou noir : une question de saison

Au printemps, pendant la reproduction, le bec de l’étourneau devient jaune vif, avec une base gris-bleu chez le mâle et rosée chez la femelle. En automne et en hiver, il redevient sombre. Le plumage suit le même calendrier : après la mue de fin d’été, chaque plume neuve se termine par une pointe claire, et l’oiseau paraît constellé de points blancs. Ces pointes s’usent au fil des mois, si bien qu’au printemps il redevient presque uni, juste au moment où son bec jaunit.

Point de vigilance

En hiver, l’étourneau est moucheté et son bec est sombre. Un oiseau tout noir au bec jaune vif vu en janvier dans un jardin a donc beaucoup plus de chances d’être un merle.

Merle ou étourneau : la démarche et la queue font la différence

Regardez l’oiseau se déplacer au sol. L’étourneau marche, d’un pas pressé. Le merle sautille ou court par à-coups, puis s’immobilise. La queue confirme : courte et carrée chez l’étourneau, longue chez le merle, qui la relève en se posant.

Étourneau unicolore : l’oiseau noir sans taches du Midi et de Corse

Sur le pourtour méditerranéen et en Corse vit une espèce voisine, l’étourneau unicolore (Sturnus unicolor). Son plumage nuptial n’a aucune tache, son plumage d’hiver beaucoup moins que celui du sansonnet, et son bec jaunit lui aussi au printemps. Il semble gagner du terrain dans le Midi, d’après la LPO Occitanie.

Oiseau noir au bec jaune au bord de la mer ou d’un étang

Macreuse noire : le canard tout noir au bec taché de jaune

En hiver, au large des côtes de la Manche et de l’Atlantique, des groupes de canards entièrement noirs flottent entre 500 m et 2 km du rivage. Le mâle de la macreuse noire (Melanitta nigra) a un bec noir surmonté d’une bosse, marqué d’une tache jaune orangé autour des narines.

Gallinule poule-d’eau : un bec rouge à pointe jaune

Sur les étangs et les rivières lentes, y compris en ville, la gallinule poule-d’eau paraît noire de loin. Son plumage est en fait gris ardoise et brun foncé, avec un trait blanc sur les flancs. Son bec rouge vif se termine par une pointe jaune : si vous avez retenu un bec « rouge et jaune », c’est elle.

Huîtrier pie : l’oiseau noir et blanc au long bec orange

Sur les plages et les vasières, l’huîtrier pie a le dos et la tête noirs, le ventre blanc, un long bec droit orange vif et des pattes roses. Plus loin des côtes, sur les rivières, le grand cormoran peut aussi tromper : son bec est grisâtre, mais la peau nue à sa base est jaune.

Oiseau noir au bec jaune qui parle ou vu outre-mer : mainate et martin triste

Un oiseau noir au bec orange qui lance « bonjour » depuis un arbre n’a rien d’un merle. C’est un mainate religieux (Gracula religiosa), oiseau de cage originaire d’Asie, connu pour imiter la voix humaine, et reconnaissable aux replis de peau jaune derrière l’œil. En liberté en métropole, il s’est forcément échappé de chez quelqu’un.

À La Réunion et à Maurice, l’oiseau au bec jaune que l’on croise partout est le martin triste (Acridotheres tristis), au corps brun et à la tête noire. Il y a été introduit au XVIIIe siècle pour lutter contre les criquets. Le remède a mal tourné : l’UICN le classe parmi les 100 espèces exotiques envahissantes les plus nuisibles au monde.

Merle, chocard, étourneau : lesquels sont protégés ?

La réponse surprend souvent : le merle noir n’est pas une espèce protégée en France.

Ce que dit la loi

Le merle noir et l’étourneau sansonnet figurent sur la liste des espèces de gibier fixée par l’arrêté du 26 juin 1987. Ils peuvent être chassés pendant les périodes d’ouverture, par un chasseur titulaire d’un permis validé.

Le chocard à bec jaune, le crave à bec rouge et le merle à plastron sont au contraire protégés par l’arrêté du 29 octobre 2009. Les détruire, les capturer, les perturber intentionnellement ou enlever leurs nids et leurs œufs est interdit en tout temps.

FAQ sur l’oiseau noir au bec jaune

Quels oiseaux ont le bec jaune ?

En France, les plus courants sont le merle noir mâle, l’étourneau sansonnet au printemps et le chocard à bec jaune en montagne. Des oiseaux qui ne sont pas noirs en ont aussi un, comme le goéland argenté, dont le bec jaune porte une tache rouge près de la pointe.

Que donner à manger à un merle en hiver ?

Des fruits, surtout : pommes et poires coupées ou flétries, raisins secs, plus des flocons d’avoine sans sucre ni sel. Jamais de pain. Servez-les sur un plateau bas et couvert, nettoyé souvent, avec une haie à quelques mètres pour que les oiseaux puissent s’abriter si un épervier passe (voir la différence entre la buse et l’épervier).

Que faire d’un jeune merle au sol ?

S’il est couvert de plumes et sautille, laissez-le : les jeunes merles quittent le nid avant de savoir voler, et leurs parents les nourrissent encore environ trois semaines, rappelle la LPO. Seul un oiseau blessé va en centre de soins. Comme pour le hérisson croisé en plein jour, c’est l’état de l’animal qui compte.

Que signifie voir un merle noir ?

Aucune signification ne fait consensus, en dehors de traditions populaires comme les « jours de la merle » italiens. Dans un jardin, sa présence dit surtout une chose concrète : il y trouve de quoi manger, des vers de terre aux baies des haies.