Le piraíba (Brachyplatystoma filamentosum) est le plus grand poisson-chat d’Amazonie. Écrit aussi piraiba ou piraïba, appelé lau-lau ou kumakuma selon les pays, il circule régulièrement en vidéo sur les réseaux sociaux, avec des chiffres qui grimpent vite : 2m, 200kg, parfois davantage.
Le record officiel est plus sobre, et il n’a pas bougé depuis 2009. L’écart entre ce chiffre homologué, les maxima publiés par les scientifiques et les captures virales tient surtout à une question de balance.
L’article en bref
Le record du monde de piraíba est de 155kg : un poisson pris le 29 mai 2009 dans le rio Solimões (Brésil) par Jorge Masullo de Aguiar, homologué par l’IGFA.
Sa longueur n’a jamais été officialisée. Selon les sources, elle se situe entre 2m et 2,30m environ.
La littérature scientifique décrit des spécimens jusqu’à 3,60m et un poids maximal publié de 200kg.
Au Brésil, la pêche no-kill a déplacé les records vers la longueur : 2,17m pour le record national masculin, égalé fin 2023.
Le piraíba n’est pas le plus gros poisson d’eau douce : l’arapaima (188kg), le poisson-chat géant du Mékong (293kg) et la raie géante d’eau douce (300kg) le dépassent.
Sommaire
Record du monde de piraíba : 155kg pêchés dans le rio Solimões en 2009
Le seul record du monde de piraíba reconnu par l’IGFA (International Game Fish Association), l’organisme qui certifie les records de pêche sportive depuis 1939, date du 29 mai 2009. Ce jour-là, Jorge Masullo de Aguiar sort du rio Solimões, dans l’État d’Amazonas au Brésil, un spécimen de 155kg, soit 341 livres et 11 onces. Le détail figure sur la fiche officielle du record lau-lau (piraiba) de l’IGFA.
Le record appartient à la catégorie All-Tackle. Elle récompense le poisson le plus lourd d’une espèce pris à la ligne, quel que soit le fil utilisé, dans la limite d’une résistance de 60kg (130 livres).
Le Solimões n’a rien d’un affluent secondaire. C’est le nom que porte l’Amazone en amont de Manaus, avant sa confluence avec le rio Negro. Le programme de recherche Aguas Amazónicas situe d’ailleurs l’essentiel des captures de piraíba dans cette partie haute du bassin, autour de la frontière entre le Brésil, la Colombie et le Pérou.
Fiche du record IGFA de piraíba
| Critère | Record du monde de piraíba |
|---|---|
| Espèce | Brachyplatystoma filamentosum (lau-lau, piraíba) |
| Poids | 155kg (341 lb 11 oz) |
| Lieu | Rio Solimões, Amazonas, Brésil |
| Date | 29 mai 2009 |
| Pêcheur | Jorge Masullo de Aguiar |
| Catégorie | All-Tackle |
| Statut | Approuvé par l’IGFA |
Taille du piraíba record : entre 2m et 2,30m selon les sources
La fiche de l’IGFA indique un poids, pas une longueur. Les mesures qui circulent viennent d’ailleurs : environ 2m sur certains sites de pêche, autour de 2,30m (91 pouces) sur d’autres. Aucune n’a été officialisée. Mieux vaut retenir une fourchette qu’un chiffre précis.
Le saviez-vous ?
L’IGFA enregistre l’espèce sous le nom de « lau-lau (piraiba) ». Lau-lau, kumakuma, valentón, piraíba : le même poisson change de nom d’un pays à l’autre. Une recherche « lau-lau record » ou « kumakuma record » renvoie donc au même poisson de 155kg.
Pourquoi le record du monde de piraíba tient depuis 2009
Dix-sept ans sans nouveau record, alors que les vidéos de piraíbas géants se multiplient. Le paradoxe tient moins à la taille des poissons qu’aux conditions de validation.
Peser un poisson-chat géant au bord de l’Amazone
Pour homologuer un record en poids, l’IGFA impose une balance certifiée par un organisme agréé au cours des 12 derniers mois. Le dossier doit contenir des photos du poisson, du pêcheur, du matériel et de la balance, ainsi qu’un échantillon de la ligne utilisée.
Sur une plage du rio Xingu ou de l’Araguaia, souvent à plusieurs heures de bateau de toute ville, réunir ces éléments demande une organisation lourde. Il faut aussi hisser hors de l’eau un animal de plus de 150kg le temps de la pesée. Pour un poisson destiné à être relâché, l’opération n’a rien d’anodin.
Records de piraíba en longueur : 2,17m au Brésil avec la pêche no-kill
Au Brésil, la BGFA (Brazilian Game Fish Association) homologue des records nationaux en longueur. Le poisson est mesuré sur une règle officielle, photographié, puis remis à l’eau. C’est le principe du pesque e solte, l’équivalent brésilien de la graciation, ou no-kill.
En décembre 2023, deux piraíbas de 217cm, pris par Celio Donizete Oliveira et Melhem Naim Charafeddine dans la région de Querência (Mato Grosso), ont égalé le record national de la catégorie masculine absolue. Gabriel Bretas le détenait seul jusque-là, avec la même mesure. En août 2026, la fédération a homologué un record junior de 1,60m, capturé dans le rio Araguaia par un pêcheur de 15 ans.
Une explication probable se dessine. Les très gros piraíbas sont toujours pêchés, mais ils sont mesurés et relâchés plutôt que pesés. Cette lecture reste une hypothèse : aucune statistique ne recense les captures qui ne font l’objet d’aucune déclaration.
Bon à savoir
L’IGFA tient aussi une catégorie « All-Tackle Length », réservée au poisson le plus long d’une espèce éligible, relâché vivant. Un record en longueur et un record en poids ne se comparent pas : un poisson long et maigre peut peser moins qu’un individu plus court mais plus trapu.
Piraíba de 200kg en vidéo : comment lire un chiffre annoncé
En mai 2026, la vidéo d’un pêcheur allongé à côté d’une piraíba de près de 2m, sur le rio Araguaia, a largement circulé au Brésil. Aucun poids n’était annoncé et le poisson a été relâché. D’autres prises affichées à plus de 200kg circulent sur des sites spécialisés, sans pesée vérifiable.
Quelques repères aident à faire le tri :
- un poids « estimé » n’est pas un poids mesuré ;
- une balance visible à l’image, affichage lisible, vaut davantage qu’une légende ;
- un poisson tenu bras tendus vers l’objectif paraît nettement plus grand qu’il ne l’est ;
- une longueur n’a de valeur que relevée sur une règle posée le long du corps.
Point de vigilance
Les conversions longueur-poids sont peu fiables sur les très grands poissons. Le modèle statistique de FishBase attribue environ 70kg à un piraíba de 1,60m, quand une étude publiée en 2025 dans Scientific Reports associe cette taille à une cinquantaine de kilos. Sur un individu de plus de 2m, l’écart peut atteindre plusieurs dizaines de kilos.
Taille et poids maximum du piraíba : 3,60m et 200kg dans la littérature
La base de données scientifique FishBase retient une longueur totale maximale de 360cm pour l’espèce, d’après un inventaire des poissons d’eau douce d’Amérique du Sud publié en 2003. Le poids maximal publié atteint 200kg. La longueur courante tourne autour de 120cm.
Sur le terrain, les chiffres sont plus bas. Selon Aguas Amazónicas, le piraíba atteint couramment au moins 1,80m et 100kg, mais les captures commerciales portent surtout sur des poissons de 20 à 50kg. Le plus gros spécimen enregistré par l’application de science participative Ictio, en mai 2019, pesait 138kg.
Ces deux maxima proviennent de références et d’individus différents. Rien n’indique qu’un piraíba de 3,60m ait pesé 200kg, ni l’inverse.
Piraíba ou filhote : le même poisson-chat sous deux noms
Au Brésil, le nom change avec la taille. Le terme piraíba désigne en principe les individus de plus de 1,60m, soit une cinquantaine de kilos. En dessous, on parle de filhote, « petit » en portugais. Les jeunes portent des taches sur le dos et les flancs, qui s’effacent en grande partie à l’âge adulte.
Le filhote se mange couramment en Amazonie. Les chercheurs qui ont séquencé le génome mitochondrial de l’espèce en 2025 se sont procuré leurs spécimens au marché Ver-o-Peso de Belém.
Brachyplatystoma capapretum, le « faux piraíba » décrit en 2005
Pendant longtemps, tous ces grands poissons-chats ont été rangés sous le même nom. En 2005, les ichtyologues John Lundberg et Alberto Akama ont décrit une espèce voisine, Brachyplatystoma capapretum, surnommée filhote da capa preta (« à cape noire ») ou faux piraíba. Les deux se distinguent par la dentition, la coloration, la longueur des barbillons chez l’adulte et la forme de la nageoire caudale.
Conséquence pratique : les données antérieures à 2005 ne séparaient pas les deux espèces, et certaines photos présentées comme des piraíbas peuvent concerner sa cousine. L’UICN classe d’ailleurs B. capapretum comme quasi menacée.
Piraíba, arapaima, silure : quel est le plus gros poisson d’eau douce du monde ?
Le classement dépend d’une définition. Au sens strict, un poisson d’eau douce passe toute sa vie en eau douce. Les esturgeons, qui migrent entre la mer et les rivières, sortent donc du comparatif, même si certains dépassent tous les chiffres ci-dessous. Parmi les candidats restants, les plus gros spécimens documentés se répartissent ainsi.
| Espèce | Plus gros spécimen documenté | Lieu et date | Nature du chiffre |
|---|---|---|---|
| Raie géante d’eau douce (Urogymnus polyepis) | 300kg, environ 4m | Mékong, Cambodge, juin 2022 | Pesée par des scientifiques, poisson relâché |
| Poisson-chat géant du Mékong (Pangasianodon gigas) | 293kg | Thaïlande, 2005 | Ancien record de référence |
| Arapaima (Arapaima gigas) | 188,46kg | Guyana, février 2015 | Record IGFA All-Tackle |
| Piraíba (Brachyplatystoma filamentosum) | 155kg | Rio Solimões, Brésil, mai 2009 | Record IGFA All-Tackle |
| Silure glane (Silurus glanis) | 2,85m, poids estimé entre 130 et 140kg | Pô, Italie, mai 2023 | Mesuré, non pesé officiellement |
Le piraíba n’est donc ni le plus lourd poisson d’eau douce, ni le plus lourd poisson-chat : ce titre revient au poisson-chat géant du Mékong. En Amazonie même, il arrive derrière l’arapaima, appelé pirarucu au Brésil. Son atout se situe ailleurs. Avec une longueur maximale décrite de 3,60m, il figure parmi les poissons-chats les plus longs connus.
Côté silure, le record le plus cité reste un poisson de 2,85m pris sur le Pô par Alessandro Biancardi en mai 2023. Un individu annoncé à 2,92m en Pologne à l’automne 2025 fait encore débat chez les pêcheurs. Le poisson du Pô a été mesuré, pas pesé officiellement : son poids reste une estimation.
Le saviez-vous ?
L’arapaima record de 188,46kg a été pris à la mouche, par Richard Hart, en février 2015 au Guyana. Selon l’IGFA, aucun poisson d’eau douce plus lourd n’avait jamais été homologué avec ce type de matériel.
Le piraíba est-il dangereux pour l’homme ?
En Amazonie, plusieurs récits prêtent au piraíba la capacité d’avaler un homme. La série documentaire River Monsters s’en est fait l’écho. La fiche FishBase elle-même relaie une mention ancienne selon laquelle l’espèce s’attaquerait occasionnellement à l’humain dans certaines régions, tout en la classant « inoffensive » dans sa rubrique consacrée aux risques pour l’homme.
Aucun cas documenté de façon vérifiable n’apparaît dans les sources consultées pour cet article. Ce que l’on sait est plus prosaïque : le piraíba se nourrit presque exclusivement de poissons. Son niveau trophique, estimé à 4,5 par FishBase, le range parmi les grands prédateurs de son milieu. Des restes de singes auraient été retrouvés dans des contenus stomacaux, une observation rapportée sans plus de précisions.
Piraíba et conservation : une espèce « préoccupation mineure » en déclin
L’UICN classe Brachyplatystoma filamentosum en « préoccupation mineure » depuis son évaluation du 14 décembre 2020, avec une population jugée en diminution. FishBase estime sa résilience très faible : il faudrait plus de 14 ans à une population pour doubler. Sa vulnérabilité à la pêche est notée 87 sur 100.
Deux pressions ressortent. La pêche d’abord : la chair du piraíba est recherchée et l’espèce fait l’objet d’une pêche commerciale, y compris pour l’export. Les barrages ensuite. Sur le rio Madeira, les utilisateurs de l’application Ictio n’ont signalé aucun piraíba en amont des centrales hydroélectriques de Jirau et Santo Antônio. Les chercheurs d’Aguas Amazónicas évoquent un possible effet de la perte de connectivité du fleuve, sans l’avoir démontré.
Le saviez-vous ?
Plusieurs guides de pêche présentent le piraíba comme un grand migrateur, capable de parcourir des milliers de kilomètres. Les données disponibles sont plus nuancées. Aguas Amazónicas le classe parmi les migrateurs de moyenne distance (100 à 1000km) et signale des adultes reproducteurs dans une large partie du bassin. Les très longues migrations décrites dans le genre concernent surtout sa cousine, la dourada (Brachyplatystoma rousseauxii).
FAQ sur le Piraíba record
Quel est le record du monde de piraíba ?
Le record homologué par l’IGFA est de 155kg (341 livres et 11 onces). Le poisson a été pêché le 29 mai 2009 dans le rio Solimões, au Brésil, par Jorge Masullo de Aguiar.
Quel est le plus gros poisson-chat du monde ?
Le plus lourd spécimen de poisson-chat documenté est un poisson-chat géant du Mékong de 293kg, capturé en Thaïlande en 2005. Le piraíba arrive derrière en poids, mais il compte parmi les plus longs, avec une longueur maximale décrite de 3,60m.
Le piraíba se mange-t-il ?
Oui. FishBase qualifie sa chair d’excellente qualité, et l’espèce fait l’objet d’une pêche commerciale en Amazonie. Les jeunes individus, appelés filhotes, sont vendus sur les marchés de la région, notamment à Belém.
Trouve-t-on des piraíbas en Guyane française ?
L’aire de répartition décrite par FishBase couvre les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, ainsi que les grands fleuves des Guyanes. L’espèce est en revanche absente des cours d’eau de France métropolitaine. Avant toute pêche outre-mer, renseignez-vous sur la réglementation locale.
Quelle différence entre le piraíba et le silure ?
Ce sont deux poissons-chats de l’ordre des Siluriformes, mais de familles différentes : les Pimelodidae pour le piraíba, originaire d’Amérique du Sud, les Siluridae pour le silure glane, présent en Europe et en Asie. Le silure le plus long régulièrement cité mesure 2,85m.
Lau-lau, kumakuma et piraíba désignent-ils le même poisson ?
Oui. Ces noms désignent tous Brachyplatystoma filamentosum. Au Brésil, le terme filhote s’applique aux individus de moins de 1,60m environ.